top of page
Design sans titre (1)_edited_edited_edit

L'histoire commence dans les rues pavées de Paris, où la vie mondaine s'entremêle aux débats philosophiques. Les salons élégants sont le théâtre de discussions enflammées, où les philosophes des Lumières, tels que Voltaire et Rousseau, défendent des idées nouvelles, prônant la raison, la liberté, et la tolérance. Cependant, dans l'ombre de ces salons, une autre lutte se déroule, une lutte théologique qui oppose les jansénistes aux autorités religieuses.

Le jansénisme trouve ses racines dans les écrits de l'évêque néerlandais Cornelius Jansénius. Ces traditionnalistes prônent une interprétation rigoureuse de la théologie catholique, condamnant le laxisme moral au sein du clergé. Leurs idées sont ancrées dans une vision austère de la foi, cherchant à purifier l'Église de ses excès.

Au Vatican, en 1713 le pape Clément XI condamna 101 propositions tirées des écrits de Jansénius et de ses disciples. Les jansénistes refusent de se soumettre à cette condamnation, marquant ainsi le début d'un conflit théologique de longue haleine.

Pendant ce temps, dans les salons, les idées des Lumières gagnent du terrain. Les philosophes contestent l’autorité religieuse, plaidant pour une séparation entre l'Église et l'État, et promouvant la tolérance.

Ce conflit entre les Lumières et le jansénisme est à la fois théologique, politique, et philosophique. Il reflète la tension entre la tradition religieuse et les idées nouvelles qui vont façonner l'avenir de l'Europe. Les jansénistes sont perçus comme les gardiens de la foi catholique orthodoxe, tandis que les philosophes des Lumières sont les champions de la raison et de la liberté.

 

Le bouillonnement intellectuel et culturel, non seulement en Europe, mais également de l'autre côté de l'Atlantique, permit des avancées considérables dans de nombreux domaines, de la mécanique à l'art, en passant par la botanique et la médecine. C’est une époque féconde en découvertes et en inventions, marquée par l'émergence de grands penseurs. Tous partagent un dessein commun : affranchir le peuple de l'obscurantisme grâce à la lumière de la connaissance. Leurs pensées se répandent à travers des livres, avec l'Encyclopédie en tant que pièce maîtresse, et ce, malgré l'opposition farouche des rigoristes. Les idées des Lumières ont essaimé bien au-delà des frontières françaises, trouvant écho en Allemagne, en Italie, en Angleterre jusqu’en Scandinavie, influençant les cours royales.

 

Parmi les lumières qui brillèrent sur l'Europe, une figure méconnue du grand public forgea une pensée politique inspirée par l’humanisme, donnant naissance à une épopée extraordinaire : les Lumières Monarchiques. Ce concept politique visait à instaurer des monarchies éclairées, gouvernées par la philosophie et la science, où la raison prévalait sur les croyances. L'homme derrière ce projet fut le Cardinal de Bernis.

Son éminence mit en place un réseau influent de diplomates, scientifiques, précepteurs, artistes et espions dans les cercles du pouvoir et de la prise de décision.

Mais qui était François-Joachim de Bernis ? Je n’insisterai pas sur son enfance, mais plutôt sur son ascension. Ses talents littéraires de conteur et de poète attirèrent l'attention de Madame de Pompadour, qui devint sa bienfaitrice et l'accueillit dans son château d'Étioles. Cette amitié non seulement le tira de la misère en lui assurant une pension royale, mais lui valut également un appartement aux Tuileries.

Madame de Pompadour, devenue la maîtresse de Louis XV, propulsa Bernis dans les hautes sphères de la diplomatie et de la politique françaises. C'est elle qui le fit nommer d'abord ambassadeur à Venise, où aux côtés de Giacomo Casanova, Bernis jouit d'un succès éclatant. Ces deux âmes aventureuses se lièrent d'amitié, partageant des secrets et des projets audacieux dans les ruelles de la cité des Doges, puis dans les cours européennes. Madame de Pompadour fit également entrer Bernis au Conseil du roi en 1757, il fut nommé Ministre d'État, puis secrétaire d'État des Affaires étrangères.

Religieux par nécessité et animé d'une ambition rare que son intelligence savait satisfaire, Bernis était l'un de ces hommes de foi pour lesquels Dieu n'était pas la préoccupation première. Il tissa des amitiés avec des personnalités telles que Madame de Tencin, Voltaire, Choiseul et les frère Turgot, qu'il reçut chez lui. Il écrivit des poésies légères, ce qui valut à Voltaire de le surnommer « Babet la bouquetière » en raison de son style fleuri.

Cependant, au-delà de ses talents artistiques, Bernis se révéla être un homme politique hors du commun, un tacticien averti en géostratégie. Il aurait pu devenir Premier ministre mais il s’opposa à la guerre de Sept Ans et il fut condamné à la disgrâce pour avoir conseillé la paix au Roi ! Il démissionna et, sur sa proposition, son ami Choiseul prit sa place.

Devenant Cardinal en 1758, puis archevêque en 1764, il ne resta pas inactif dans les domaines diplomatique et politique, se forgeant un réseau européen faisant dire à Choiseul : « à défaut de diriger la France au nom du Roi, vous dirigez l'Europe au nom des Lumières ! ». En 1769, il fut envoyé par Louis XV à Rome, d'abord au conclave, où sa mission était de contribuer à l'élection du candidat de la France, Ganganelli, le futur Clément XIV. À la suite du conclave, Choiseul veilla à ce que Bernis demeure à Rome, où il dut œuvrer pour le rayonnement de la France en tant que chargé d'affaires du Roi. Installé au palais de Carolis, Bernis initia une mission diplomatique de près de 25 ans sur les bords du Tibre.

Au cours des années qui suivirent, Bernis se forgea la réputation de « roi de Rome » en orchestrant habilement un réseau de sociabilité culturelle autour de son palais d'ambassade. Ces réunions cosmopolites accueillaient des voyageurs français et étrangers, des hommes d'État, des prélats, des artistes, des savants et des écrivains. Ces rencontres étaient ouvertes aux femmes et aux élites du savoir. Les dîners, concerts et expositions artistiques qui se déroulaient au palais de Carolis, devinrent célèbres non seulement à Rome, mais dans toute l'Europe.

Parallèlement, Bernis continua à jouer un rôle clé dans la diplomatie française, étendant son influence sur l'ensemble du continent européen grâce à sa correspondance avec les grandes personnalités de l'époque. Bernis bénéficiait de l'universalité de la langue française et d'un réseau de diffusion efficace qui permettait de faire circuler ses idées et ses agents à travers l'Europe.

Fermement engagé aux côtés des partisans des Lumières, Bernis travailla avec persévérance pour combattre le jansénisme.

Dans les coulisses de l'histoire, loin des regards officiels et des intrigues de cour, des femmes et des hommes d'exception se rallièrent au Cardinal. Leurs talents et leur audace furent les architectes discrets, mais puissants, des Lumières Monarchiques. Ces personnages hors du commun, issus de divers horizons, formèrent une toile complexe tissée de loyautés, d'intrigues

et d'idées novatrices. C'était un ballet secret d'esprits brillants, orchestrant le cours de l'histoire loin des regards indiscrets,

et donnant vie à des aventures romanesques…

BERNIS29.jpg
André Corbeville St Do_edited.jpg
Amiral Turgot_edited.jpg
bottom of page